mardi 1 mai 2012

Un printemps tout rose







































L'arbre centenaire  renaît avec le printemps. Il vous avait déjà salué pour la bonne année, tout dépouillé alors comme une gravure sur le ciel.

Ses feuilles sont aujourd'hui bien écloses mais encore délicates et toutes roses.

Il a mis du temps, durant ces quatre derniers mois languissants plein de grisaille et de tristesse, pour élancer la sève jusqu'au bout des rameaux, pousser chaque feuille et se couvrir enfin d'une ramure magnifique et puissante.

Tu es assurément comme le dit Henry Bauchau : "cette chose si belle que l'on peut contempler des yeux, toucher de ses mains et entendre sans lassitude avec son coeur." (Oedipe sur la route, 1992). 

Oui, je te porte dans mon coeur et je te remercie ...


Pour la graine ensemencée,
Pour la force de la tige et des racines,
Pour les couleurs de la verdure,
Pour la gravure des branches en hiver
Pour la fraîcheur de l'ombre en été,
Pour la rousseur des feuilles mortes,
Pour l'abri des oiseaux,
Pour l'agilité de l'écureuil,
Pour le poids du sac déchargé,
Pour les confidences heureuses et malheureuses,
Pour les rondes autour du tronc,
Pour les bras enlacés,
Pour les coeurs gravés,
Pour l'écorce déchirée,
Pour la promesse du feu,
Pour la chaleur des bûches,
Pour le travail du bûcheron,
Pour la résine sur la cognée,
Pour la sculpture de l'artiste,
Pour le papier de nos écritures,
Pour le symbole de nos ancêtres,
Pour les racines futures de nos familles,
Pour les graines ensemencées
Pour tes feuilles roses au printemps

Du beau travail ! Bravo l'arbre !  Continue !

lundi 16 avril 2012

Blanche-Neige, fille de son temps

Lilly Collins dans le film de Tarsem Singh (2012)

Blanche-Neige, sous ses airs de jeune fille éternelle, a quand même plus de deux cent ans, qu'on le veuille ou non, la première version dûe à Ferdinand Grimm datant de 1808.
Et cette année deux films sortent sur le même thème.
Pourtant, quel chemin parcouru du conte au film en passant par le célébrissime dessin animé de Walt Disney (1937), sans oublier toutes les versions moins connues.

Au départ, une jeune fille poursuivie par la jalousie de sa belle-mère et qui se réfugie dans une cabane de mineurs, chercheurs d'or au fond de la forêt. Elle se fait accepter d'eux en faisant le ménage et la vaisselle (la servante soumise). Mais la méchante reine découvre son existence et déguisée en marchande la séduit en lui vendant des colifichets (la femme facile et désobéissante).
A chaque fois, Blanche-Neige est sauvée par l'arrivée des sept nains sauf avec la pomme empoisonnée qui lui reste en travers de la gorge. Elle s'endort et ses admirateurs la déposent dans un cercueil de verre sur la montagne avec une inscription en lettres d'or pour dire son nom et qu'elle était "fille de roi".
Arrive alors, "par hasard" (qui fait bien les choses !), un fils de roi (comme c'est curieux) qui tombe amoureux de sa beauté et obtient que les nains lui donnent le cercueil.
Attention ! Là,  les versions divergent sérieusement : d'après Grimm, le transport du cercueil agite la belle qui recrache le morceau de pomme empoisonnée (pas très poétique mais efficace), d'après Walt Disney, le prince lui donne un baiser qui la réveille (romantique), d'après Tarsem Singh, pas de pomme enfin pas à ce moment là, donc pas de cercueil de verre, mais un prince qui est bêtement envouté  et que Blanche Neige va "délivrer" de son maléfice (féministe et malicieuse). Inversion totale et savoureuse !

Blanche-Neige surfe ainsi sur la vague de ses interprétations, conte qui s'adapte aux époques aussi bien qu'aux pays : originaire d'Allemagne, elle finit à Bollywood dans la version de Tarsem Singh dans un ballet joyeux et coloré qui fait oublier toutes les misères du monde : après la neige vient toujours le printemps.
Et ça c'est le propre des contes de fées.

La meilleure version des contes de Grimm : "Contes pour les enfants et la maison, collectés par les frères Grimm", édités et traduits par Natacha Rimasson-Fertin, Paris, José Corti, 2009, 2 volumes et... un régal !

samedi 31 décembre 2011

Heureuse année 2012 !



L'arbre qui enfonce ses racines dans le sol ne serait rien sans la ramure qui va chercher l'air et la lumière au plus haut du ciel.

En cette dernière journée d'une année souvent bien triste, rappelons-nous que cette énergie peut être la nôtre, car elle est celle de la vie.

Je vous souhaite à toutes et tous une excellente nouvelle année, de beaux projets, de saines réussites, de grands espoirs : au printemps, l'arbre a de nouvelles feuilles et des oiseaux à foison qui chantent dans les branches.

lundi 17 octobre 2011

Jeanne d'Arc et la poésie du quotidien


Blois, chef-lieu du département du Loir-et-Cher.
A première vue, le paysage de ce coeur de France est assez conventionnel : une terrasse, entourée de balustrades en fer forgé reliées par les piliers de pierres elles-mêmes surmontées de pots de fleurs, surplombe la ville et, au- delà, la Loire,  découpant l'immensité du ciel en un carré impeccable.

Au centre, une monumentale statue guerrière en bronze de Jeanne d'Arc à cheval, avec sur le socle l'incrustation d'une pierre gravée indiquant aux passants : " Cette pierre provient du cachot de Jeanne d'Arc à Rouen".
Le touriste est prévenu : il est au centre d'une commémoration historique, "preuve" à l'appui.

D'autant que, s'il vient du château, ce qui est probable, il aura aussi décrypté une autre inscription apposée en 1929, indiquant que Jeanne d'Arc est arrivée à Blois le 25 avril 1429. "Elle y organise son armée, fait bénir son étendard en l'église St-Sauveur et part le 27 avril pour délivrer Orléans".
Pourtant, le temps a passé et les vivants se sont aussi emparés du lieu pour en faire autre chose qu'un lieu figé dans la pierre, bien plutôt un ex-voto à ciel ouvert, un lieu d'échanges et de mots, un hymne à la poésie du quotidien.

L'ensemble des balustrades est orné de rubans, rouges ou blancs, portant des inscriptions personnalisées. Souhaits d'amour, de paix, de santé... qui font une multitude de petits étendards pacifiques repris comme un symbole par un immense ruban flottant au bout de l'épée de Jeanne, devenue gardienne des secrets du quotidien, porteuse d'autres espérances, championne des mots et de leur humble force.

Face à la Loire, elle brandit l'épée contre les maux de la vie : on a envie soudain d'y croire !


samedi 17 septembre 2011

Patrimoine, art et spiritualité

Le château fort de Blandy-les-Tours (77) accueille jusqu'au 23 octobre les oeuvres de l'artiste égyptien Moataz Nasr. L'une d'elles est installée dans le cellier, sombre et profond.
La formule qui se déploie en lettres de néon vert reprend le poème du sage soufi Ibn Arabi (1165-1240) :

Mon coeur peut aujourd'hui accepter toute forme :
Une prairie pour les gazelles,
Un cloître pour les moines,
Pour les idoles, une terre sacrée,
La Ka'ba pour les pélerins en marche
Les tables de la Torah
Les rouleaux du Coran.
Mon credo est l'amour,
Où que sa caravane se dirige sur la piste.
L'amour est ma religion,
Ma foi.

A visiter en ces journées du patrimoine.

lundi 5 septembre 2011

La "rentrée", une source nouvelle

Les feuilles qui tombent, les cartables, les souvenirs de vacances, les bronzages qui pâlissent, les amours éphémères, les nouveaux profs, les nouveaux camarades, l'angoisse de la nouveauté, de l'école... que de choses derrière le mot "rentrée" quand on a l'âge des cours de récré ou des préaux à palabres !

Et pour ceux qui ne sont plus à l'âge scolaire, que de nouveaux départs aussi en ces jours résolument neufs où s'ouvrent des "saisons culturelles", des abonnements nouveaux, des résolutions sportives, des régimes, des choix politiques, que sais-je ?

Comme si septembre était en réalité le début d'un nouveau cycle, le passage d'un état à l'autre, qu'on espère meilleur, plus savant, plus heureux, plus sobre, plus solidaire, que sais-je ?

De fait, le temps qui passe ressemble beaucoup à cette eau qui coule de vasque en vasque : elle semble identique et n'est pourtant jamais la même ; elle semble  transparente et, même très pure, dépose pourtant ses invisibles particules sur tout son passage.

Que cette rentrée nouvelle nous apporte à tous vitalité et fraîcheur, comme une source nouvelle !

dimanche 17 juillet 2011

Hymne à la joie

Non, ce n'est ni une guinguette, ni un hôpital de campagne. C'est une installation artistique de Claude Lévêque pour Agnès B. et les Galeries La Fayette à Paris.

Y arriver relève déjà de l'exploit puisqu'il a fallu trouver l'étage puis trouver la salle d'exposition au milieu des parures et de l'hyper luxe ambiant.

On patine sur du marbre lisse, on frôle des visons blancs en plein été, on admire des montres à mécanismes extraodinaires et prix exorbitants, on respire des parfums d'Orient, on fait "ploucs, ploucs" à chaque pas, mais on finit par trouver une sorte de grotte sombre et là on se dit, ça y est, Platon soit avec nous ! on est sauvés, l'art se dévoile au fond de ce corridor qui nous sépare du monde ordinaire (ici, tout est relatif !).

La lumière est douce et invite à s'avancer. Dans la pièce, des civières sont installées sous des parasols éclairés de petites guirlandes.
On s'allonge donc (plutôt confortable en fait) ; on ferme les yeux et on écoute comme une vague assourdie, l'Hymne à la joie qui vient rouler ses notes dans cet espace feutré.

Ambiance calme et sereine, loin de l'agitation touristique de l'étage et de la rue. L'Hymne devient berceuse et si l'on n'y prenait garde, on s'endormirait peut-être, en pleine régression, protégés par la sourdine et les lumières tamisées.

Un petit moment de zénitude qui laisse perplexe et... n'attire personne.

Le comble de la recherche et de l'acte gratuit dans le temple du luxe.